1918 - 1920, la révolution russe

A l'automne 1918 il rejoint donc naturellement les rangs de l'armée blanche lorsqu'éclate la révolution d'octobre. Durant deux ans il y connaîtra les affres de la guerre dans les combats opposants les forces du Tsar aux révolutionnaires dans tout le sud de la Russie.

Région des plus fertiles, défendues âprement durant les années 1914-1917 face aux Austro-hongrois entre autres par un bataillon d'auto-mitrailleuses belges, c'est le terrrain idéal pour l'engagement de ces armes encore rares: l'armée rouge en possède à peine 150 au début de la révolution, l'armée blanche guère plus! Et il s'en produit à peine plus de 100 par année.

Auto-mitrailleuse russe de 1918

De ce fait, chacun cherche à en tirer le meilleur parti tout en les préservant. C'est ainsi que les chauffeurs apprennent à attaquer en marche arrière! Pilotant uniquement aux rétroviseurs, et pouvant ainsi repartir plus rapidement en cas de besoin.

Ces années seront marqués par quelques faits d'armes, comme la prise de trois canons avec son unique véhicule dans un village tenu par les cosaques rouges. Mais surtout par la douleur, les pertes, les frustrations. Les cris aussi et les sons qu'il n'oubliera jamais et dont il racontera le douloureux souvenir bien des années plus tard, dans la quiétude parisienne.

Souvenirs également de cette bonne étoile qui ne semble pas le quitter, comme cette fois oł, épuisé après plusieurs jours de combats, il s'endort dans la cuisine d'une isba, sous la table. A son réveil la moitié du plafond s'est effondré, soufflé par une explosion, sans qu'il n'en soit réveillé pour autant: la table à tenu bon!

Entrée des troupes bolchéviques dans Odessa en 1920

De cette horreur il sera tiré malgré lui par la maladie en 1920, à Odessa. Sur les bords de la Mer Noire, dans les rangs exangues d'une armée blanche vaincue, l'épidémie de typhus fait rage.

Lev, comme tant d'autres, est interné dans l'un des innombrables hôpitaux de fortune qui ont fleuri en ville. Et comme tant d'autres il est abandonné à une mort certaine, à peine nourri, les médecins impuissants craignant trop la contagion.

Mourant, c'est une bonne soeur qui lui apportera la délivrance mais sous la forme d'un laxatif! Après avoir pris soin de lui, et contrairement aux médecins qui ne l'ont pratiquement pas examiné, elle conclut que ses douleurs ne sont pas causées par le typhus mais probablement par une simple occlusion intestinale. Diagnostique correct, Lev se vida littéralement!

Ce jour-là un ami vint le trouver pour lui annoncer que l'armée rouge allait investir la ville. Un bateau, probablement le dernier, quitterait le port l'après-midi même pour Constantinople et qu'après nul ne savait ce que deviendraient les malades et prisonniers, mais tout le monde s'accordait pour dire que ce ne serait pas un sort enviable.

Rassemblant le peu de forces qui lui restent, il se traine donc sur le port et parvient à trouver une place sur le navire en s'engageant comme soutier à charbon. Il quitte la ville le soir-même, pour ne jamais revoir son pays natal.

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