Un rêve devenu réalité

L'aérodrome Farman de Toussus-le-Noble en 1923, Carte Collection Pascal Créach

Malgré un parcours mouvementé (voir l'histoire du Lion), le rêve d'enfance de Lev ne l'a jamais quitté: voler!

N'ayant ni le brevet de pilote, ni assez d'argent pour le passer (il fallait avoir son propre avion pour le faire), il dépensera une bonne part de ses revenus en baptêmes de l'air, en totalisant 75 à une époque o passer le brevet de pilote ne demandait que quelques heures de vol!

Mais le moindre avion, même d'occasion, était hors de prix. Alors, à Toussus-le-Noble, l'on se débrouillait. L'un achetait un litre d'huile, l'autre deux d'essence. Avec quelques efforts et de la persévérance ces passionnés faisaient voler ces drôles de machines.

De son côté, Lev pensait et dessinait. Dès 1932, il griffonna des dizaines de croquis, de mesures, de notes. On le prenait pour un fou ou un rêveur? Rêveur il l'était, et fou du ciel, sûrement.

Petit à petit, sur la papier, naquit un nouvel oiseau: le Colibri. Léger, bon marché à produire, garantissant une sécurité maximale grâce à des mesures soigneusement pensées et une construction de qualité.

Mais nul ne croyait à ce projet, Lev ne trouvant ni hangar ni atelier pour sonprojet. C'est donc une pièce de l'appartement qui devint le berceau de cet avion hors du commun qui, de cette naissance difficile, gardera quelques particularités comme des ailes démontables en quelques minutes!

Durant 22 ans Lev fait construire ses avions, tout d'abord en association avec un atelier puis avec sa propre société de construction.

Il reste toute sa vie un passionné, aimant et connaissant son avion comme personne. Souvent les ouvriers lui demandent une cote, il la donne de mémoire ne consultant ses plans que rarement. Qu'on lui montre une pièce, il peut confirmer sa justesse de vue, avant même de la mesurer.

La dernière série de L55 en production, en 1957

Aux changements de moteur, ou lorsqu'une modification est demandée sur une série pour un client, il recalcule sur un bloc note les nouvelles dimensions et le centre de gravité en fonction des changements de poids en vol. Ce n'est qu'après-coup qu'il confirme ses estimations de manière formelle, en même temps qu'il effectue les calculs de résistance.

Et malgré ces méthodes rustiques, qui de nos jours sembleraient inimaginables, le Léo restera l'un des avions les plus sûrs de sa catégorie.

Ceci est dû au fait que Lev ne sacrifiait rien à la sécurité. Il choisit par exemple, pour les tubulures, des tubes en chrome-molibdène avec soudures à droite, obligeant son soudeur à pratiquer des jours entiers d'entrainement jusqu'à obtenir un résultat parfait.

Photo de Lev ayant appartenu  sa femme

Pour plus de 120 exemplaires construits, et des milliers d'heures de vol (dont une bonne part en tant qu'avion école!), il n'a à déplorer que deux morts lors d'un crash au Maroc. La cause en était deux boulons mal serrés lors d'une révision!

Passionné de pilotage aussi, il finit par obtenir son brevet et insiste toujours pour présenter lui-même son avion dans les meetings aériens. Figure incontournable des aérodromes de l'époque, o son fort accent russe et sa voix portante ne passent pas inaperçus, son numéro favori est de passer à 10m d'altitude, debout dans le cockpit, afin de montrer à tous "que son avion vole tout seul!"

Le L55 de la famille Moignot en Auvergne

Il meurt de maladie en 1957 à Paris, laissant une série de L55 en construction (voir dans la galerie de photos). Ses ouvriers en achèveront cinq pour honorer la dernière commande, et la mémoire d'un patron extraordinaire pour qui rien, jamais, ne semblait impossible!

C'est l'un de ces derniers appareils qui, restauré, vol toujours en Auvergne grâce à un couple de passionnés.

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